Thomas Galley

Auré­lie Gail­lot : Suis honorée pour cet­te pre­mi­è­re de rece­voir Tho­mas Gal­ley, écri­vain, chro­ni­queur et directeur d’ouvrage.

Mer­ci Tho­mas d’accepter l’invitation et le deal – qui con­sis­te à répond­re à des que­s­ti­ons un peu au tout venant, com­me il me plait 🙂

Com­ment vas-tu, Tho­mas ?

Thomas Galley
Tho­mas Gal­ley, auteur et blo­gueur

Tho­mas Gal­ley : S’il y a hon­neur, chè­re Auré­lie, c’est celui d’être choi­si pour inau­gu­rer ton blog. Tu vois, je ne suis pas hom­me poli­ti­que pour rien, hein 😉 Quant à ta que­s­ti­on, je vais bien, mer­ci, même si l’approche de l’hiver me tape sur les nerfs. D’un aut­re côté, c’est en m’enfermant chez moi, avec une bou­gie et des bis­cuits, que j’arriverai sans dou­te à ter­mi­ner tous ces pro­jets dont cer­tains traî­nent depuis bien trop long­temps.

AG : A pro­pos de ton sta­tut d’homme poli­ti­que… Quel­les sont tes foncti­ons, glo­ba­le­ment ?

TG : Je siè­ge au con­seil muni­ci­pal de ma vil­le (100.000 habi­tants, mine de rien), pour le PS d’ailleurs, et je pré­si­de le comité des péti­ti­ons. C’est cet­te der­ni­è­re foncti­on sur­tout qui me per­met de gar­der le con­tact avec les gens et d’avoir une idée des pro­blè­mes qu’ils aux­quels ils sont con­fron­tés.

AG : Tous ces pro­jets.… Sont-ce tous des pro­jets liés à l’écriture ?

TG : Euh – en gran­de par­tie, oui. Il y a le roman à ter­mi­ner, la relec­tu­re de celui-ci, le Noël des Dix, la relan­ce d’Edicool dans laquel­le je viens de m’engager, un pro­jet de roman his­to­ri­que à revoir. Et puis il y a bien sûr le blog, mais là, cela ne se ter­mi­ne jamais, c’est un truc auquel il faut tra­vail­ler en per­ma­nen­ce. Après, il faut choi­sir le mode de publi­ca­ti­on du deux­iè­me roman : clas­si­que, sur du papier, avec tou­tes les démar­ches que cela néces­si­te ? En numé­ri­que ? En auto-édi­ti­on, au moins pour ce qui est de la ver­si­on papier ? Tout ça n’est pas enco­re très clair même si, pour l’instant, je pen­che plutôt vers la solu­ti­on numé­ri­que.

Logo de la Bauge littéraire
Le blog de Tho­mas : La Bau­ge lit­térai­re

Après, il faut son­ger aux dédi­ca­ces, aux séan­ces de lec­tu­res, à d’éventuels dépla­ce­ments, aux ren­con­tres qu’on peut envis­a­ger. Par exem­ple, j’irai sans dou­te à Bruxel­les, en mars, pour la Foi­re aux livres, l’occasion rêvée pour ren­con­trer des copains com­me Éric Nei­rynck.

Et puis, il y a d’autres pro­jets aus­si, hein ? Je te rap­pel­le qu’on n’est pas loin de Noël et qu’il faut trou­ver des cadeaux, ran­ger l’appartement, cui­si­ner, envoy­er des car­tes, tout ça:-)

AG : Eric Nei­rynck, écri­vain… Un écor­ché vif, me sem­ble-t-il par­fois ( j’aimerais bien — d’ailleurs — lui poser quel­ques que­s­ti­ons !). Faut-il être sen­si­ble Tho­mas, un chou­ïa écor­ché, pour écri­re, à ton avis ? Ou du moins, pour écri­re « vrai » ?

TG : Non, je ne pen­se pas qu’on puis­se en fai­re une règle généra­le. En même temps, je sais par expé­rien­ce que les bles­su­res peu­vent favo­ri­ser l’écriture, le début d’une sor­te de dia­lo­gue avec soi-même qui peut aider à se reprend­re en main. À part cela, une bles­su­re, ou disons plutôt une cer­tai­ne dis­po­si­ti­on, orien­tent sans dou­te le choix du sujet. Mais je ne vois aucu­ne néces­sité d’être « écor­ché » pour atta­quer un sujet his­to­ri­que, par exem­ple, ou un roman d’aventures. Ce n’est pas exclu non plus, évidem­ment. Mais il me sem­ble que cet­te idée du poè­te mal­heu­reux, blessé, mal­traité par la vie / l’amour / la socié­té / qui que ce soit, c’est quel­que cho­se qui remon­te au temps des sen­si­ble­ries à la Rous­seau ou à la Senan­cour. Que je n’ai jamais aimés, soit dit en pas­sant.

AG : Être écri­vain, est-ce être artis­te ? On peut ima­gi­ner l’écrivain un peu lou­fo­que, un peu mal adap­té à la vie ter­rien­ne, un peu bar­ré dans son mon­de… Mais aus­si, on aime à le pen­ser empreint d’une cer­tai­ne pro­fon­deur, doté d’un poten­tiel de réflex­i­on sans fin – sur tout et rien, et d’une lar­geur d’esprit qui n’a de ces­se de s’accroître enco­re. Qu’en est-il, en ce qui te con­cer­ne ?

TG : Oula­la, la que­s­ti­on qui tue sa race… Fran­che­ment, ça ne me déran­ge pas de réflé­chir, pas du tout, mais quand j’écris, je me lais­se empor­ter par les mots, par les actes qui sem­blent s’imposer aux per­son­na­ges bien plus qu’imaginaires. Je ne sais pas si je suis artis­te ou arti­san, et peu m’importe de col­ler un sta­tut quel­con­que sur ma per­son­ne. Le fait est que j’adore l’écriture, que ce soit la mien­ne ou cel­le des autres. Quant à la lar­geur d’esprit, disons que j’aime décou­vrir, mais que je n’aime pas tou­jours les cho­ses que je décou­vre.

AG : L’homme t’effraie t’il sou­vent ?

TG : Pas au quo­ti­dien, non, mais quand je lis le jour­nal, il y a des tru­cs tel­le­ment dégueu­las­ses que je me deman­de par­fois si on ne devrait pas dis­pa­raî­t­re au pro­fit des cylons … Pour ne rien dire des atro­cités qu’on ren­con­t­re en se plon­ge­ant dans l’Histoire. S’il y a une cho­se que cel­le-ci nous app­rend vrai­ment, c’est que l’homme est capa­ble de tout, abso­lu­ment tout. Mais il n’y a rien de nou­veau sous le soleil, n’est-ce pas ? Après tout le célè­b­re homo homi­ni lupus ne date pas d’hier.

AG : Tu fais par­tie des adep­tes de la lec­tu­re en numé­ri­que — quand d’autres se cram­pon­nent enco­re à leurs livres de papier, en jurant que jamais.… Tho­mas, envie de les con­vai­n­c­re, de les sédui­re, par quel­ques argu­ments pesés ?

TG : Non, aucu­ne envie de con­vai­n­c­re qui que ce soit. Tu sais, même en poli­ti­que, je n’aime pas le prosé­ly­tis­me. J’ai mes con­victi­ons, j’y tiens, j’essaie de me mon­trer à la hau­teur. Si d’autres déci­dent de pro­fi­ter de mes expé­rien­ces, tant mieux. Pour ce qui est de la lec­tu­re en numé­ri­que, il y a aujourd’hui des édi­teurs qui refu­sent de publier sur papier. Et si les tex­tes finis­sent par s’imposer, grâ­ce à leur qua­lité, les jeux seront faits. Et il y a de très bons tex­tes que j’ai pu décou­vrir chez les édi­teurs pure play­er, com­me La pile du pont, d’Audrey Bet­sch ou Lisa, de Jeff Balek, tous les deux chez Numé­rikli­vres.

AG : Je t’imagine ne te préoccu­pant pas de cer­tai­nes obli­ga­ti­ons bana­les du quo­ti­dien… J’aime cepen­dant à pen­ser que tu as au moins une recet­te féti­che et que tu fais ponc­tu­el­le­ment la cui­si­ne pour ta famil­le, pour tes amis.… J’espère que tu ne vas pas répond­re que non et cas­ser mon rêve ! Et puisque oui (!), j’adorerais que tu me livres la recet­te du plat en que­s­ti­on (en évi­tant d’aller piquer une recet­te au hasard sur Marmiton.com ! ).

TG : Si, si, le ména­ge, ça me con­naît… Après la nais­san­ce de notre fil­le aînée, c’est moi qui suis resté à la mai­son pen­dant 18 mois pour m’occuper d’elle et du ména­ge. Mais j’avoue que la vais­sel­le, le bal­let de la ser­pil­li­è­re ou enco­re le repas­sa­ge, ça ne me pas­si­on­ne pas, hein ?! La cui­si­ne, par con­t­re, c’est un de mes dadas. Dif­fi­ci­le pour­tant de te don­ner une recet­te féti­che – il y en a tant. Tiens, tu aimes la cui­si­ne indien­ne ? Miam 😉

Je vais te don­ner la recet­te d’un bon petit plat indien qu’on sait fai­re avec un mini­mum d’efforts.

  • Vian­de hachée aux petits pois (Keema Matar)
  • 2 pom­mes de ter­re
  • 3 oig­nons de moyen­ne tail­le
  • 3 gous­ses d’ail
  • 2 piments rou­ge
  • un bout de gin­gem­bre (3 cm)
  • 500 gr de vian­de hachée (agneau ou bœuf)
  • 1 cuil­ler à thé de cumin
  • 1 cuil­ler à thé de papri­ka
  • une demie cuil­ler à thé de poud­re de chi­li
  • 1 cuil­ler à thé de cur­cu­ma
  • du sel
  • 2 cuil­ler à thé de con­cen­tré de toma­tes
  • 100 gr de petits pois

Peler les pom­mes de ter­re et les cou­per en dés. Cou­per les oig­nons et l’ail. Cou­per les piments en min­ces lamel­les (enle­ver les noyaux pour moins de piquant). Peler le mor­ceau de gin­gem­bre et le râper.

Chauf­fer l’huile (de tou­r­nesol) dans une poê­le, y fai­re dorer les oig­nons, ajou­ter l’ail et le gin­gem­bre, tou­il­ler pen­dant une minu­te. Ajou­ter la vian­de, les lamel­les de chi­li et les con­di­ments. Lais­ser dorer pen­dant cinq minu­tes. Ajou­ter 200 ml d’eau, le sel, les pom­mes de ter­re, le con­cen­tré de toma­te et les petits pois. Por­ter à ébul­li­ti­on. Cou­vrir et lais­ser mijo­ter à feu doux pen­dant une demie heu­re. Dégus­ter avec du riz bas­ma­ti. Accompag­ner d’un vin rou­ge aux arô­mes forts, ter­reux.

AG : Ça sem­ble déli­ci­eux et en plus, rela­ti­vement équi­li­bré… 😉 Man­que quel­ques naan au fro­ma­ge; j’ai une recet­te si tu veux 😉

Écri­re, écri­re, Tho­mas… C’est fou com­me ceux qui n’écrivent pas – mais qui rêvent sou­vent de le fai­re – ima­gi­nent tou­tes sor­tes de cho­ses quant à la vie des écri­vains… Des ritu­els, des besoins par­ti­cu­liers… Un chat qui ron­ron­ne sur un coin de bureau, un feu qui cré­pi­te dans la che­minée, la théi­è­re emplie d’un thé chaud et odo­rant à por­tée de main, des horai­res d’écriture bien pré­ci­ses et quel­ques autres peti­tes manies. Existe-t’il un pro­to­co­le, en ce qui te con­cer­ne ?

TG : Désolé, il n’y a aucun pro­to­co­le. Tout d’abord, il n’y a pas de chat, ni de feu de che­minée, ni la moind­re régu­la­rité. J’écris quand je dis­po­se d’un peu de temps lib­re, ce qui n’est pas évi­dent. Après, peu impor­te le décor. Soit je m’installe devant mon bureau tel­le­ment encom­bré de pape­ras­se qu’on a du mal à trou­ver de la pla­ce pour le cla­vier, soit je vais au salon avec mon net­book, soit je vais dehors, dans un bar, dans un musée, n’importe où pour­vu qu’il fas­se chaud. Tiens, il y a un endroit que j’aime mieux que les autres, ce sont les esca­liers du Musée des Arts Appli­qués de Colog­ne. C’est un espa­ce très vas­te, ouvert, qu’on domi­ne depuis un fau­teuil en cuir pla­cé tout en haut des esca­liers.

AG : À pro­pos de musée… Je sais que tu es très attentif à la pré­ser­va­ti­on du patri­moi­ne…

Oui. Il y a plu­si­eurs aspects à cela. Tout d’abord, il faut pré­ser­ver les témoig­na­ges du passé, tout sim­ple­ment pour savoir d’où l’on vient, quel est le socle sur lequel nous nous som­mes éle­vés. C’est la valeur his­to­ri­que et didacti­que, si tu veux, inhé­ren­te à tout objet légué par le passé. Et quand on pen­se à quel point des tes­sons reti­rés de la boue de l’ancien port flu­vi­al de Colog­ne peu­vent fai­re avan­cer nos con­nais­san­ces, on com­p­rend l’intérêt à pré­ser­ver ces témoig­na­ges. Puis, il y a une valeur qu’on a sou­vent du mal à qua­li­fier, le côté est­hé­ti­que de la cho­se. Il y a des objets qui sont estimés à une plus gran­de valeur que d’autres (pas seu­le­ment est­hé­ti­que, mar­chan­de aus­si). Le pro­blè­me est que cet­te appré­ci­a­ti­on est sujet­te à la mode et peut évo­lu­er à tra­vers les siè­cles. Un exem­ple : les toi­les et les fresques de Bot­ti­cel­li pas­sent, aujourd’hui, pour des mer­veil­les de l’Art renais­sant. Mais pen­dant assez long­temps, cel­les-ci étai­ent tom­bées dans l’oubli. Le « cul­te » moder­ne, si je peux dire, date du XIXe siè­cle, et plus par­ti­cu­li­è­re­ment des Prérap­haé­li­tes. Donc, si on ne vou­lait con­ser­ver que ce qui répond au canon, on serait mal par­ti.

L’autre aspect est celui de l’accessibilité. De plus en plus d’œuvres d’art dis­pa­rais­sent dans les palais des nou­veaux-riches ou les tré­sors des ban­ques, et le public dépend des repro­ducti­ons sou­vent de piè­t­re qua­lité. Pour ne rien dire des nom­breu­ses œuvres por­tés dis­pa­rus qui, en vérité, som­meil­lent quel­que part, chez des par­ti­cu­liers. Mais même les œuvres con­ser­vés dans les musées ne sont tou­jours faci­les d’accès, ne fût-ce qu’à cau­se des dis­tan­ces. Après tout, rares sont ceux qui ont le temps et les moy­ens de par­cou­rir le mon­de pour se réga­ler d’un tableau. L’internet serait capa­ble de remé­dier à une tel­le situ­a­ti­on, en met­tant de bon­nes repro­ducti­ons à la por­tée de tous, et il y a déjà quel­ques beaux pro­jets, com­me le Yorck-Pro­ject, p. ex. Mais il y a de nom­breux obsta­cles là enco­re, com­me les musées qui n’admettent pas qu’on fas­se des pho­tos de leurs œuvres, notam­ment quand il s’agit d’expositions. Pour ne rien dire des col­lecti­ons mal réper­to­riées, un phé­nomè­ne qui tou­che par­ti­cu­li­è­re­ment les des­sins, mal aimés du grand public.

AG : Il y aurait enco­re tant de cho­ses à dire là-des­sus, et tu vois que c’est un sujet qui me pas­si­on­ne. Soyons bref : il faut sau­ver le patri­moi­ne.

Je t’imagine ( cet­te ima­gi­na­ti­on, alors !…) péda­lant tran­quil­le dans les che­mins de campa­gne, en famil­le. Il sem­ble effecti­vement que quan­tité d’écrivains res­sen­tent le besoin d’une acti­vité plein air avant de se met­tre à l’ouvrage, avant de créer… Une façon de se con­necter par­fai­te­ment en leur cen­t­re, de se bran­cher avec leur inté­ri­eur… ou quel­que cho­se de cet­te ord­re là…

Que­s­ti­on sport, que­s­ti­on natu­re, tu te situ­es où ?

TG : Heu … Je sais que tu es coach sportif, je suis donc un peu gêné par cet­te que­s­ti­on ou plutôt par ma répon­se. Tu sais, moi, depuis la sor­tie du lycée, j’évite le sport, sys­té­ma­ti­que­ment. Mais ça ne veut pas dire que je ne me bou­ge pas du tout les fes­ses, hein ? Je fais du vélo pour me rend­re au bureau (sauf en hiver), et je fais des randon­nées, en famil­le ou avec ma fem­me. Plus sou­vent sans les fil­les depuis qu’elles ont fran­chi le seuil de l’adolescence. Ceci dit, le but de la randon­née, ce n’est pas la randon­née et enco­re moins l’effort, mais la biè­re en fin de par­cours accompag­née d’un bon plat – à moins que ce soit l’inverse 🙂

AG : Sou­ri­re ! … La biè­re est à l’Allemagne ce que la fri­te… Oups, repre­nons !

À pro­pos de famil­le… Pas si faci­le de con­ci­lier famil­le et écri­tu­re… T’arrives-t-il d’étouffer un peu par man­que de ton oxy­gè­ne (l’écriture) ? Quels regards posent les tiens sur ton écri­tu­re, sachant que l’écriture, c’est avant tout des espa­ces temps qui n’appartiennent qu’à soi.

TG : Effecti­vement, voi­ci deux dom­ai­nes qu’on a sou­vent du mal à récon­ci­lier. Sur­tout par­ce que ce n’est pas l’écriture qui me per­met de vivre. Par­fois, il faut renon­cer à par­ti­ci­per aux acti­vités des autres, com­me l’autre jour où je n’ai pas pu me rend­re à un con­cert des fil­les. J’essaie de rédui­re cela au mini­mum, mais pas tou­jours faci­le de trou­ver des arran­ge­ments. D’un aut­re côté, cela m’arrive effecti­vement de me dire que je pour­rais ter­mi­ner un récit, met­tre au point une scè­ne, écri­re un scé­na­rio, au lieu de pas­ser mon temps en con­seil de clas­se avec tous ces autres parents qui ne me disent rien du tout. J’essaie de pro­fi­ter de ces occa­si­ons en réflé­chis­sant, en m’absorbant dans les uni­vers arti­fi­ciels que j’invente, en résol­vant un pro­blè­me de l’intrigue, et il s’avère que la dis­tan­ce peut être très uti­le aus­si. Gros­so modo, je dirais que l’écriture pro­fi­te à tout le mon­de, par­ce que je suis plus con­tent, et je fais de nou­vel­les con­nais­san­ces enri­chis­san­tes. Le tout est de trou­ver et de gar­der un cer­tain équi­li­b­re.

AG : Écri­re, écri­re… D’où ça part, chez toi, l’écriture ? D’abord, est-ce un besoin, une envie ? Et ens­ui­te, à quel endroit ça démar­re tout ça, quand ça com­men­ce à déman­ger ? Du cœur, du creux du plexus (d’ailleurs ?!) ou est-ce pure­ment intel­lec­tu­el ? ou le tout à la fois ?

Dis donc, toi, d’où est-ce que tu sors ce gen­re de que­s­ti­ons ? Je dirais que c’est un – plai­sir. Cer­tai­ne­ment plus qu’une envie, sans dou­te moins qu’un besoin. Je pour­rais vivre sans écri­re, m’éclater même, mais ce serait une vie moins riche.

Fina­le­ment, à for­ce de réflé­chir, je dirais que ça me vient prin­ci­pa­le­ment du ven­t­re. Une phra­se bien tou­r­née, le mot jus­te, des mots qui me font vibrer, ça rayon­ne au mil­ieu du corps.

AG : Qu’est-ce qui te rem­plit de bon­heur, Tho­mas ? Des rêves, ou cer­tains moments de ta réa­lité ?

TG : Les sou­ve­nirs. Il y a dans la vie, évidem­ment, des instants extra­or­di­nai­res vécus au gré des ren­con­tres fai­tes, le plus sou­vent, sans le moind­re préa­vis. Et ces instants-là ont la capa­cité de pous­ser des raci­nes, de se pro­lon­ger vers l’avenir, de me tenir compag­nie pen­dant que je par­cours cet­te rou­te dont je sais bien qu’elle a une fin mais dont j’ignore les vues, les hasards, les acci­dents. Et dans la plu­part des cas, ce sont des ren­con­tres qui se trou­vent au fond de ces instants éter­na­lisés. On pour­rait donc dire que c’est l’humain qui me rend heu­reux. Et qui peut m’agacer aus­si.

AG : Des regrets, Tho­mas ?

TG : Par­fois, oui, quand même. Pour­quoi je ne suis pas resté en Fran­ce, après l’année passée en Bret­ag­ne ? Pour­quoi avoir renon­cé à ce bou­lot en Aquit­ai­ne ? Pour­quoi avoir man­qué de coura­ge ? Tant de cho­ses, tant de déci­si­ons, et par­fois il y a com­me un dou­te : Est-ce que j’ai choi­si la bon­ne voie ? Mais fina­le­ment, c’est la som­me de ces déci­si­ons qui a con­tri­bué à me façon­ner, qui m’a amené là où je suis, et si je ne veux pas finir par crou­pir, mécon­tent endur­ci, dans mon coin, je dois assu­mer. Et s’il y a vrai­ment des instants où ça ne va pas, où les infi­nies pos­si­bi­lités du passé pren­nent le des­sus, il y a tou­jours l’écriture pour venir à bout de ces démons-là.

AG : Un truc qui m’intrigue quand même, quand je te lis. Tu es alle­mand.. Tu maî­tri­ses par­fai­te­ment la lan­gue françai­se, tu l’utilises avec une aisan­ce que cer­tains de tes com­pa­tri­o­tes doi­vent t’envier… (que je t’envie ). Com­ment fais-tu ça ?

TG : Bon, je viens d’effacer un para­grap­he entier où je te débi­tais l’historique de mes acquis lin­guis­ti­ques. Mais ce ne sont que des détails. L’important, c’est que, quand je manie la lan­gue de Moli­è­re, je suis chez moi. C’est com­me un retour au foy­er après une lon­gue absen­ce, une cer­tai­ne cha­leur, un mon­de qui se révè­le avec ses tré­sors innom­bra­bles, une des­cen­te vers des sou­ve­nirs qui vien­nent de plus loin que moi. Voi­là.

AG : Je me deman­dais si ce choix de lan­gue n’était pas aus­si une façon de te pré­ser­ver une sor­te de jar­din secret… à la françai­se …

TG : Je ne sais pas si on peut appe­ler ça un jar­din secret, par­ce que ses por­tes sont quand même gran­des ouver­tes. Mais un coin à part, ça oui. Un coin hors du quo­ti­dien, où je peux vivre une pas­si­on dont je mesu­re l’ampleur seu­le­ment depuis que j’ai enfin osé la regar­der en face. Ce qui me ramè­ne à l’autre que­s­ti­on, cel­le des regrets. En voi­ci peut-être un, ne pas avoir assumé, osé plus tôt. Avoir choi­si la voie tra­cée, la sécu­rité. Mais bon, là enco­re, c’est sans dou­te ce que je suis.

AG : Et l’amour, Tho­mas… C’est quoi l’amour ?

Tu dois me dire où on peut s’abonner à ce gen­re de que­s­ti­ons 🙂

AG : Euh.. Chez bibi !

TG : Je ne sais pas. À l’origine, une réacti­on chi­mi­que ? Des neu­ro­nes qui pous­sent dans un sens plutôt que dans un aut­re par­ce que le sou­ve­nir d’une pre­mi­è­re ren­con­t­re inon­de le cer­veau d’un cock­tail à la com­po­si­ti­on qu’il faut ? Ens­ui­te, des idées, des rêves qu’on croit pou­voir vivre avec une cer­tai­ne per­son­ne ? Une inflex­i­on de la voix qui s’incruste dans nos oreil­les ? Un cer­tain goût de la sali­ve de l’autre, de sa cypri­ne, qui déclen­che quel­que cho­se ? Le hasard qui fait que je me trou­ve plus réceptif à un moment don­né du jour (ou de la nuit). Ou enco­re la vol­on­té de lier ma vie à cel­le d’un aut­re ? La vol­on­té de fai­re durer cet­te rela­ti­on et de la vivre, envers tou­tes les tra­hi­sons, tou­tes les ten­ta­ti­ons, jusqu’à la fin du par­cours ? Ou enco­re une folie ? Une sor­te de déli­re à la Roméo et Juliet­te qui fait tout écla­ter, rompt tous les liens ou plutôt les rem­pla­ce par un seul ? Peti­te remar­que : C’est dans ce con­tex­te-ci que je pen­se à l’amour du divin aus­si dont la for­ce cond­uit des hom­mes et des fem­mes à s’enfermer der­ri­è­re des murs, qu’ils soi­ent réels com­me ceux du cloî­t­re ou invi­si­bles com­me ceux qui les tien­nent à l’écart du com­mun des mor­tels dans une dévo­ti­on incom­pré­hen­si­ble.

Thomas Galley, L'Aventure de Nathalie
L’Aventure de Natha­lie, pre­mier roman de Tho­mas Gal­ley

AG : Ton pre­mier roman, L’aventure de Natha­lie … Un tra­vail d’orfèvre, ai-je envie de dire. Mots choi­sis, mots pré­cis, mots dits jusqu’à l’infini détail. Tu choi­sis d’avertir le lecteur… Un livre qui pour­rait déran­ger par­ce qu’il par­le d’un élan amou­reux (suis-je jus­te en par­lant d’élan amou­reux ?) mais aus­si de sen­su­a­lité et de sexu­a­lité … Crois-tu qu’il fail­le pré­ve­nir les lecteurs ? Après tout, quand on ouvre un livre, on sait que l’on s’aventure en con­trée incon­nue… Par­le-moi de ton livre, Tho­mas; par­le-moi de L’aventure de Natha­lie, de ton regard sur cet­te aven­tu­re d’écriture là…

TG : Tout d’abord, c’est mon édi­teur qui a exigé que j’y met­te un aver­tis­se­ment. J’ai d’abord été réti­cent, mais com­me il ne vou­lait pas tou­cher au tex­te, je me suis dit que, fina­le­ment, cela ne déran­ge­ait pas, et que cela n’empêcherait per­son­ne de s’y aven­tu­rer. Bien au con­trai­re, on sait l’attrait fatal des por­tes inter­di­tes 😉 Après, j’ai du mal à com­prend­re pour­quoi la vio­len­ce, les assas­si­nats, les cruautés gen­re Silen­ce des Agneaux, ça pas­se sans pro­blè­me, tan­dis qu’il faut pré­sen­ter ses excu­ses quand on par­le d’amour qui pas­se à l’acte. Les ados aurai­ent le droit de regar­der des films où des enfants s’entre-tuent, mais il ne faut sur­tout pas mon­trer des bouts de sein ? Vas com­prend­re !

Ens­ui­te, pour ce qui est de ma Natha­lie, oui, il y a un élan amou­reux au fond de cet­te aven­tu­re, l’échappée vers une liber­té impos­si­ble, la dou­leur de la vio­len­ce fai­te aux pro­ches, l’étincelle admi­rée au fond de la nuit, incar­née dans les bou­gies de Notre-Dame, l’espoir après s’être cassé la figu­re con­t­re le mur au fond du cul-de-sac. Au départ, c’était des esquis­ses éro­ti­ques, cou­chées et enfer­mées dans un fichier per­du au fond de mon disque dur. Ens­ui­te, il y a eu la vol­on­té de créer ou plutôt de racon­ter une his­toi­re. De par­ler des cho­ses que j’aime, de la pein­tu­re, de la magie des lieux sacrés où grou­il­lent les sou­ve­nirs entassés là depuis des siè­cles. Et j’ai eu la sur­pri­se de voir que tout cela, tous ces élé­ments dis­pa­ra­tes, c’étaient les mor­ceaux d’un puz­z­le qu’il fal­lait ramas­ser et met­tre dans l’ordre. Et puis, une fois en rou­te, est venue s’y rajou­ter une his­toi­re plus ancien­ne, mon­tée de très loin, une échar­de entrée bien avant dans la peau cica­trisée.

AG : J’admire ta capa­cité de tra­vail … Hor­mis ton tra­vail d’écriture (un aut­re roman en pré­pa­ra­ti­on il me sem­ble… Peux-tu nous en livrer quel­ques bri­bes ?), tes chro­ni­ques sur la Bau­ge lit­térai­re, ta par­ti­ci­pa­ti­on à dif­fé­rents recu­eils de nou­vel­les (n’hésite pas à pré­ci­ser un peu tout ça…), quand trou­ves-tu le temps de ne pas écri­re ?

TG : Pas de sou­ci, mon patron s’en char­ge, de me trou­ver le temps de ne pas écri­re. J’emporte des livres (et, plus récem­ment, ma liseu­se) un peu par­tout, dans les trans­ports publi­cs, les maga­sins, les musées, je grig­no­te sur les heu­res de som­meil dont il ne me faut plus que cinq ou six, je pas­se mes pau­ses à fai­re des recher­ches en lig­ne, à cor­ri­ger des tex­tes, à rédi­ger des exposés ou des mails. Mais tu as rai­son, à voir mes acti­vités ain­si énumérées et réper­to­riées, je me deman­de com­ment j’arrive à gérer le peu de temps dis­po­ni­ble.

Tu fais allu­si­on à un deux­iè­me roman. Oui, celui-ci exis­te bien, et j’en suis aux deux-tiers à peu près. C’est-à-dire, du pre­mier jet. Une fois ter­minée cet­te pre­mi­è­re rédacti­on, le plus gros du tra­vail res­te à fai­re. Mais il por­te déjà un tit­re, ce qui n’est pas évi­dent, vu que j’ai du mal à en trou­ver qui col­lent une bon­ne éti­quet­te sur les cen­tai­nes de pages et les intri­gues sou­vent très com­plexes d’un roman. Mais bon, cet­te fois-ci, c’était faci­le. Il s’appellera Les déli­ces de Marie. Et oui, ce sera enco­re une fois un roman éro­ti­que. Et com­me pour Natha­lie, je suis par­ti de quel­ques scè­nes, de quel­ques illus­tra­ti­ons, si on peut dire, et puis, au fur et à mesu­re des cha­pit­res, l’intrigue a gag­né en com­plex­ité, en pro­fon­deur, et a fina­le­ment réus­si à réu­nir sous ses ban­ni­è­res les cli­chés ini­ti­a­les, si l’on peut dire. Je t’entends récla­mer un petit extrait ? Pour­quoi pas ?

AG : Rire ! Oui, s’il te plaît !

“Marie était de bon­ne humeur. De très bon­ne humeur même, à en juger d’après le sou­ri­re rayon­nant qu’elle arbo­rait. Elle lança son sac sur le canapé, allu­ma sa chaî­ne, et se mit sans tar­der à réa­li­ser son petit pro­jet en vue de con­ve­na­ble­ment pré­pa­rer la soi­rée. En moins de deux, ses vête­ments rejoig­ni­rent la pile de ceux qui atten­dai­ent le pas­sa­ge à la machi­ne à laver, et elle se pen­cha sur sa baig­noi­re pour fai­re cou­ler l’eau. Le froid de l’émail sur ses cuis­ses et son ven­t­re la fit fris­son­ner. En atten­dant que son bain fût prêt, elle s’amusait à prend­re des poses devant son grand miroir. Elle se lança à elle-même des regards coquins qui par­cou­rai­ent la bel­le sil­hou­et­te occu­pée à se pro­dui­re en face d’elle, sou­le­va ses seins pour mieux s’exhiber à sa con­voi­ti­se, essa­ya même de tou­cher ses tétons du bout de sa lan­gue. Elle rigo­la com­me une peti­te fil­le ent­hou­si­as­mée et char­mée par les splen­deurs que lui ren­voy­ait la gla­ce : Le ven­t­re lis­se avec au mil­ieu l’ombre du nom­bril qu’elle avait très pro­fond ; les han­ches lar­ges ; les jam­bes svel­tes et lon­gues, à la peau dorée par le soleil des pla­ges du Lan­gue­doc ; et, au mil­ieu de cet­te chair inso­len­te de beauté, la ban­de fon­cée qui cachait à pei­ne son sexe. Marie ado­rait son tic­ket de métro, ado­rait cet­te nudité caressée par l’étoffe soyeu­se de sa lin­ge­rie, par les doigts ou mieux enco­re les lan­gues en quê­te de déli­ces des amants occa­si­on­nels. Enco­re heu­reux que la der­ni­è­re visi­te chez son est­hé­ti­cien­ne datait du début de la semai­ne ! Elle rou­git quand elle se ren­dit comp­te de ce qu’elle était en train d’imaginer.” © Tho­mas Gal­ley

TG : À côté de ces tex­tes assez longs que sont ma Natha­lie et ma peti­te Marie, il y a des tex­tes très courts que je publie avec mes amis d’Edicool, Paul Leroy-Beaul­ieu et Vin­cent Ber­nard. Ce der­nier a con­cocté le con­cept des Dix, c’est-à-dire dix auteurs, dix tex­tes à 1.000 mots autour d’un sujet don­né. J’aime cet exe­r­ci­ce qui con­sis­te à retran­cher tout ce qui est superflu, à trou­ver LE mot qu’il faut, la tou­r­nu­re de phra­se qui empor­te le lecteur. J’ai trou­vé que c’est un défi très dur et qu’il est bien plus faci­le d’inonder des pages et des pages sous une marée de paro­les que d’endiguer cel­le-ci et de fai­re éclo­re une fleur au mil­ieu du désert.

Le premier volume des Dix : 10 ... Petites suites 2806
Le pre­mier volu­me des Dix : 10 … Peti­tes sui­tes 2806

AG : Lit­téra­tu­re éro­ti­que… Tu aimes la lire et l’écrire. Peux-tu dire que c’est ta préfé­ren­ce à toi ?

TG : Avant d’entamer Natha­lie, il y a eu un pro­jet de roman his­to­ri­que. Je me suis docu­men­té, je me suis même inscrit à la bibli­ot­hè­que uni­ver­si­tai­re pour avoir accès aux ouvra­ges des his­to­riens, j’ai dressé les tableaux des années avec les évé­ne­ments que les per­son­na­ges aurai­ent à vivre. Rien d’érotique là-dedans. Mais ce pro­jet, je n’ai jamais su le mener à bien. Donc, il me faut peut-être une cer­tai­ne for­me de lit­téra­tu­re pour trou­ver le coura­ge d’aller jusqu’au bout. Et puis, j’ai trou­vé que c’est un réel plai­sir que de peind­re les scè­nes éro­ti­ques, de dire l’émoi des per­son­na­ges, le désir gran­dis­sant, l’éveil des sens, le rap­pro­che­ment, les regards et les peaux qui s’enflamment, les ana­to­mies qui se décou­vrent, les incur­si­ons qui se pré­pa­rent, le jeu des domi­na­ti­ons, des échan­ges, l’envie et le besoin de don­ner du plai­sir, de le rece­voir aus­si, la néces­sité de se per­d­re, ne fût-ce que pen­dant quel­ques instants, dans le corps d’une fem­me, au plus pro­fond de celui-ci. Oui, à reli­re ces mots, je pen­se bien que c’est l’écriture éro­ti­que qui me con­vient, qui fait que je puis­se vrai­ment m’exprimer.

AG : J’aimerais que tu nous con­seil­les quel­ques lec­tu­res, Tho­mas. De tes livres féti­ches à ceux qui te tou­chent, en pas­sant par des tex­tes qui sont pour toi de l’ordre de la dis­tracti­on, mais que tu aimes à lire, voir reli­re.

TG : À l’origine, il y eut – Stend­hal. Le Rou­ge et le Noir, c’est mon pre­mier livre séri­eux, lu en dehors des lec­tu­res imposées par le lycée. Après, c’était Bal­zac avec son cor­tè­ge inter­mi­na­ble, mais sur­tout ses Splen­deurs et Misè­res des cour­ti­sa­nes, Mau­pas­sant ens­ui­te, avec sa pein­tu­re de la vie françai­se, d’un côté, et le déli­re du Hor­la de l’autre. Puis, ce fut la décou­ver­te de Bar­bey d’Aurevilly qui a mon­tré à quel point la reli­gi­on peut fai­re vivre des romans com­me Une vieil­le Maî­tres­se ou le Prê­t­re Marié. Sur un aut­re regis­t­re, mais tout aus­si impor­tant, c’est l’univers de l’angoisse qu’a créé Lovecraft, dont il a don­né le meil­leur échan­til­lon avec ce roman extra­or­di­nai­re qu’est At the Moun­tains of Mad­ness. Ens­ui­te, une lec­tu­re qui ne m’a jamais lâché depuis les pre­mi­è­res pages : The Lord of the Rings, livre qui don­ne un aperçu de l’univers extra­or­di­nai­re­ment riche et com­plexe de Tol­kien. Puis, plus tard, la décou­ver­te des romans et des con­tes qui com­po­sent la Futu­re His­to­ry, d’Isaac Asi­mov, avec sa quê­te des ori­gi­nes et du des­tin de l’homme. Et puis, pour ter­mi­ner cet­te lis­te qui risque­rait d’être bien lon­gue si je ne me rete­nais pas, le cycle de romans le plus tris­te que j’aie jamais lu, The Hype­ri­on Novels, par Dan Sim­mons. Tu vois, j’adore la diver­sité.

AG : Si tu étais un film ?

TG : Le Sep­tiè­me Sceau, de Berg­man. Rien d’aussi gran­di­o­se que la scè­ne de l’orage qui pas­se au-des­sus de la forêt que par­cou­rent le che­v­a­lier et sa peti­te trou­pe, et l’instant éter­nel quand celui-ci regar­de le ciel et recon­naît la Mort qui l’attendra au châ­teau.

AG : Et si tu étais une fem­me ?

TG : Natha­lie.

AG : Je te remer­cie de m’avoir offert un peu d’un temps qui t’es pré­ci­eux j’imagine (et oui tu vois, j’imagine enco­re !) … Et main­te­nant, que vas-tu donc fai­re ?

TG : Tout d’abord, con­ti­nu­er à bos­ser. Ens­ui­te, essay­er de moti­ver les auteurs du recu­eil que je diri­ge actu­el­le­ment 🙂

AG : Rire !… Un peu de pub pour ce recu­eil et ses auteurs ?

TG : Mais vol­on­tiers !

Le Dix font le Sapin :

Les nuits de plus en plus lon­gues, les tem­péra­tu­res de plus en plus bas­ses, et une météo pro­hi­bi­ti­ve – vous l’aurez deviné, nous som­mes en rou­te vers l’hiver, et il n’y a plus beau­coup de che­min à fai­re. Mais au cœur de la nuit se dres­se fiè­re­ment le sapin, plein de sève, aux bou­les luis­an­tes, qui appel­le les gens à se ras­sem­bler pour pro­fi­ter de quel­ques bel­les his­toi­res qui aident à fai­re pas­ser les lon­gues heu­res de la nuit. Et c’est nous qui allons les leur racon­ter, ces his­toi­res. Et elles seront – chau­des !

Racon­tons les ren­con­tres de fin d’année, les débal­la­ges intem­pe­s­tifs, les amours d’une nuit fina­le­ment pas si sain­te que ça, les cadeaux sur lesquels on ne comp­te plus mais qu’on attend tou­jours. Pour le res­te, inven­tez, sur­pre­nez, soy­ez libres, soy­ez fous, soy­ez … auteurs 😉

Les Dix font le … sapin
Pour Noel, une édi­ti­on fes­ti­ve des aven­tu­res des Dix qui feront le … sapin

TG : On l’aura deviné, avec un tel recu­eil, ce n’est pas seu­le­ment le pain qui sera épi­cé. Je suis très fier d’avoir ras­sem­blé dix auteurs qui manient une plu­me qui cha­tou­il­le, qui exci­te, qui grat­te (AG : appar­tée : la troi­siè­me, si j’ai bien com­pris 😉 ) et qui grif­fe. C’est un réel plai­sir de se trou­ver à la base d’un tel effort, d’assister au déclen­che­ment de tant de créa­ti­vité, de don­ner au public l’occasion de ren­con­trer de nou­veaux talents.

La cou­ver­tu­re est d’ailleurs réa­lisée par une jeu­ne illus­tra­tri­ce en train de se tail­ler une très bon­ne répu­ta­ti­on, à savoir Jahy­ra. Si tu veux pro­po­ser un petit cir­cuit-décou­ver­te à tes lecteurs, voi­ci un lien vers sa page Face­book.

AG : Tou­chan­te inter­view, Tho­mas.… Mer­ci beau­coup 🙂

Les Dix, Historietas

Vous pou­vez lire et reli­re dès main­te­nant : His­to­rie­tas — Les yeux de Fata­li­tas

Et c’est avec : Tho­mas Gal­ley bien enten­du, mais aus­si : Her­vé Fuchs — Jean-Basi­le Bou­tak — Rachid San­ta­ki — Eric Nei­rynck — Jean-Lou­is Michel — Flo­ren­ce Döring — Syl­vain Kor­now­ski — Chris Simon — Vin­cent Ber­nard

A lire aus­si, pour “presque” tout savoir sur Tho­mas Gal­ley : La super bio­graphie de Tho­mas GALLEY.